« Le numérique est un outil au service d’un objectif, et non un but en soi »

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Cinq questions à Gijsbert Ooms
Responsable « D4D » - Digital for Development

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Pourquoi un tel accent sur le numérique ? Parler de digitalisation dans les pays en développement semble plutôt paradoxal…

Vous savez, un des grands avantages du numérique est qu’il permet de « prendre des raccourcis » pour faire émerger des services utiles à la population dans un contexte où les ressources sont rares. Regardez le succès que connaît le système de paiement électronique M-PESA au Kenya : la moitié du PIB kényan transite chaque année par ce système. Pourquoi ? Parce qu’au lieu de se lancer dans de coûteux développements, ses créateurs ont basé leur service sur une technologie déjà adoptée par tous les Kényans : le SMS. C’est un bel exemple de ce que la digitalisation peut apporter.
Et la Coopération belge fonctionne de la même manière ? 

En effet, notre service ne « fait » pas de la digitalisation. Le numérique est un outil au service d’un objectif, et non un but en soi. Nous intervenons en soutien des différents programmes de la Coopération belge au développement. Notre rôle consiste donc à voir comment nous pouvons, à leur demande, soutenir les actions menées grâce aux technologies numériques. Nous commençons donc toujours par aller sur le terrain pour étudier l’infrastructure disponible et les habitudes de la population. Nous proposons ensuite une solution qui capitalise sur l’existant ou, en tout cas, offre le plus de chances d’être adoptée.
Comment cela se traduit-il concrètement ?

Au Bénin, par exemple, cette méthodologie a été utilisée par un programme d’aide aux producteurs locaux. Nous avons été impliqués dans la capitalisation de cette expérience. L’objectif était de fournir aux producteurs un accès facile et rapide aux informations sur les prix du marché afin qu’ils soient en meilleure position pour négocier avec les intermédiaires venus acheter leur récolte. Peu d’agriculteurs disposent de PC et tous n’ont pas l’électricité ou un accès à internet. Par contre, tous disposent d’un petit GSM de base. On réalise donc vite que la meilleure manière de procéder est d’utiliser les SMS.

Dans d’autres pays, nous avons créé avec succès des groupes WhatsApp pour les acteurs de la santé actifs dans les soins obstétriques. Aujourd’hui, les praticiens sont très actifs sur ces groupes, qu’ils utilisent pour demander des conseils à leurs pairs ou partager de l’expérience.

La digitalisation des hôpitaux au Burundi et au Rwanda est un autre succès : les recettes de ces hôpitaux ont augmenté de manière spectaculaire grâce à une meilleure gestion des ressources ainsi qu’à la transparence apportée par la digitalisation.

Nous apprenons aussi des obstacles que nous rencontrons. En Palestine, par exemple, nous avons participé au programme de soutien à l’enseignement. Une des initiatives, basée sur la distribution de tablettes, n’a pas rencontré le succès escompté, sans doute parce que la technologie était trop éloignée du quotidien des enseignants et des élèves. En revanche, nous avons aidé à créer une plateforme de partage de contenus pédagogiques pour les enseignants, et là, le succès a été impressionnant. Pour qu’un projet numérique réussisse, il faut vraiment capitaliser la technologie que les gens emploient et connaissent déjà. Et donc, prendre le temps d’analyser le contexte.  
Pour qu’un projet numérique réussisse, il doit vraiment capitaliser sur la technologie que les gens emploient et connaissent déjà.
Existe-t-il d’autres facteurs de succès pour une digitalisation réussie ?

Dans notre démarche, nous suivons les neuf « principles for digital development » qui sont le résultat d’un long processus de réflexion au niveau international et sont recommandés par la Banque mondiale. Cette dernière insiste par ailleurs sur la nécessité de construire le numérique sur une fondation analogique solide. D’expérience, je peux vous dire que c’est un élément crucial : pour prendre un exemple simple, ça ne sert à rien de développer un service par SMS si la population est analphabète. Donc, il faut soit s’appuyer sur une base analogique solide, soit investir dans son développement. Par exemple, si vous voulez permettre aux gens de faire des déclarations de naissance à distance, il faut aussi vous assurer que l’infrastructure légale est en place.
Vous affirmez que les pays en développement sont parfois en avance sur l’Europe. Que voulez-vous dire par là ?

Paradoxalement, l’absence d’infrastructures dans les pays en développement est un atout : ces pays peuvent directement tirer parti des toutes dernières technologies. Par exemple, l’absence d’un réseau câblé et le faible taux de pénétration des ordinateurs a entraîné un saut immédiat vers le mobile banking, qui est aujourd’hui plus développé en Afrique que chez nous. Et certains pays investissent même massivement dans les réseaux mobiles plutôt que dans le câble, aussi parce que les panneaux solaires permettent d’alimenter les antennes là où il n’y a pas d’électricité. Pour vous donner un autre exemple : aujourd’hui, en Afrique, nous pouvons aider à créer des centres de santé loin des villes, là où il n’y a pas d’électricité en utilisant l’énergie solaire. Et au lieu d’ordinateurs très énergivores, le personnel peut employer des tablettes connectées. Comprendre qu’il est possible de faire des sauts technologiques et de les intégrer à notre approche du développement va permettre d’énormes avancées dans les pays en développement. Le monde, en 2017, est numérique, et cela va radicalement changer les choses.

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