"La gouvernance est indispensable aux efforts de développement"

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Quatre questions à Jean-Christophe Charlier
Responsable de la cellule Gouvernance

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L’existence d’une cellule « Gouvernance » peut sembler étrange a priori. Pourquoi les pays en développement feraient-ils appel à vous ? 

Cela n’a rien d’étrange, au contraire ! Vous savez, quand il y a un déficit de gouvernance, quand les institutions d’un pays ne fonctionnent pas comme elles le devraient, les efforts de développement coûtent très cher et ne produisent que peu de résultats. À mon sens, la gouvernance est donc indispensable aux efforts de développement. Nos pays partenaires en sont bien conscients, car nous recevons beaucoup de demandes en ce sens. Par ailleurs, vous devez aussi comprendre que le terme « gouvernance » recouvre un vaste champ d’activités. Nous intervenons dans des domaines comme la sécurité, la justice, la participation citoyenne, la migration, les droits humains, la gestion de l’état civil ou encore la mise en place d’une fiscalité équitable afin de permettre aux pouvoirs publics de disposer de ressources propres pour assurer leurs missions. Pour cela, nous faisons au maximum appel à l’expertise présente en Belgique, qu’elle soit publique, ou, parfois, privée. 


L’organisation de la sécurité fait partie de la gouvernance ?

Naturellement ! La gouvernance concerne toutes les activités liées à la gestion de la chose publique, et donc à la mise en œuvre des trois pouvoirs : le pouvoir législatif, qui définit les lois ; le pouvoir exécutif, qui les met en œuvre ; et le pouvoir judiciaire, qui veille à leur respect. 

L’organisation de la sécurité s’inscrit donc aussi dans les domaines dans lesquels nous pouvons apporter un soutien à nos partenaires. Pour qu’un pays puisse se développer, il est important que les citoyens se sentent en sécurité, protégés. Et, dans beaucoup de pays, il subsiste encore des zones d’insécurité ou un besoin de renforcer les systèmes de sécurité existants. Nous avons d’ailleurs une expertise à faire valoir en la matière. Ainsi, la Belgique a développé un concept de police de proximité, proche des citoyens et de leurs préoccupations : le fameux « agent de quartier », qui se promène dans la rue et n’est pas seulement là pour faire des reproches et verbaliser, mais aussi pour répondre aux gens, prendre le pouls de la vie du quartier, pacifier les querelles de voisinage… Le Burkina Faso, par exemple, a fait appel à l’expertise belge dans ce domaine. 

Dans un autre registre, nous avons reçu une demande du gouvernement béninois, qui souhaite fusionner gendarmerie et police. Nous avons donc organisé une formation avec les gens qui, en Belgique, ont géré la fusion de ces deux corps. L’idée était de partager avec les décideurs béninois les leçons tirées de l’expérience belge. Ce deuxième exemple illustre d’ailleurs un autre concept important pour nous : nous ne prétendons pas détenir la vérité. Nous avons simplement une expérience à partager et nous réfléchissons ensuite avec nos partenaires à la manière dont il est possible d’en tirer de bonnes pratiques applicables à leur situation. 
"La mise en place d’une bonne gouvernance est réellement garante de l’efficacité des politiques de développement."


Existe-t-il d’autres domaines dans lesquels la Belgique peut apporter un savoir-faire particulier ? 

Aujourd’hui, dans la plupart des États, les dirigeants réalisent qu’il faut des structures plus proches du citoyen. Mais, passer de cette idée à sa mise en œuvre représente, dans la plupart des cas, un fameux défi à relever. Or, en Belgique, nous avons mis en place, depuis de nombreuses années, un système de gestion publique avec plusieurs niveaux de pouvoir, qui a entre autres pour but de rapprocher les pouvoirs publics du citoyen. Aujourd’hui, dans notre pays, 80 % des dépenses publiques sont décidées ailleurs qu’au niveau national. Et 40 % des investissements publics sont gérés au niveau communal. Nous avons donc une expertise à faire valoir dans les mécanismes de gestion publique à plusieurs niveaux, même si ce n’est pas toujours simple.

Un autre domaine sur lequel nous avons beaucoup travaillé ces dernières années concerne la mise en place d’un État de droit. Faire en sorte qu’il existe des règles claires, respectées et appliquées par tous est indispensable à tous les niveaux. Par exemple, un entrepreneur qui souhaite investir doit pouvoir compter sur des règles du jeu claires et stables. Il doit aussi avoir la certitude que si ces règles ne sont pas respectées, il pourra s’adresser à un système judiciaire indépendant et efficace pour faire respecter ses droits. C’est là une condition indispensable au développement économique. Mais naturellement, l’existence d’un État de droit s’avère aussi importante au quotidien pour les citoyens ordinaires. 

Enfin, nous sommes également capables de conseiller nos partenaires dans l’organisation du pouvoir législatif. Le Parlement du Burundi, par exemple, nous a consultés il y a quelques années à cet égard : il souhaitait mettre en place un système de commissions, tel qu’il existe dans les Parlements belges, afin d’accélérer le travail législatif. Pour ce projet, nous avons travaillé avec des Parlementaires belges qui sont venus partager leur savoir-faire. 
    



Cet accent sur la gouvernance reste quand même récent ? 

En réalité, on en parle depuis le début des années 90. Mais il a fallu pas mal de temps pour voir cette préoccupation percoler à travers les institutions. Ainsi, les « Objectifs du millénaire » adoptés par l’ONU en 2000 n’en faisaient pas encore mention. En revanche, « paix, justice et institutions efficaces » font partie des 17 Objectifs de développement durable (ODD) adoptés par l’ONU en 2016 à l’horizon 2030. Les mentalités changent et c’est une excellente chose. Au risque de me répéter, la mise en place d’un cadre de bonne gouvernance est garante de l’efficacité des politiques de développement. 

Le travail sur la gouvernance est également rendu indispensable avec la reconnaissance croissante de la dimension politique des actions de coopération. Accompagner un changement dans nos pays partenaires est un processus qui est au moins autant politique que technique. Cela implique qu’au-delà des questions techniques du changement, il faut également tenir compte des intérêts et des jeux d’influence des différents acteurs en présence. Cela implique la prise en compte de questions comme l’inclusion, la cohésion, la participation, la redevabilité et l’équité. 

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