Rwanda | Quand l’électricité gagne du terrain
À l’ouest du Rwanda, sur les hauteurs du lac Kivu, Nyamyumba compte environ 6800 familles, dont seulement 416 ont accès à l’électricité, depuis peu, grâce au programme d’électrification. De l’informatisation des bureaux de l’administration locale, qui a ainsi pu abandonner les vieilles machines à écrire, au développement par les habitants de nombreuses activités génératrices de revenus qui leur permettent de ne plus compter sur la seule agriculture, les changements ne se sont pas fait attendre. Plus de 480 autres familles ont également introduit une demande et sont en attente de raccordement.
Activités rémunératrices
Les premiers raccordements ont eu lieu au mois d’avril 2011 et, très vite, des activités rémunératrices ont vu le jour. Pour exemple, Moïse Niyitegeka, un jeune homme de 22 ans diplômé en informatique, qui a ouvert un secrétariat public grâce à de l’argent emprunté à son frère. Parmi les services qu’il propose, des formations aux programmes informatiques de base permettent aux élèves de sixième secondaire de se familiariser avec l’outil et d’augmenter ainsi leurs chances de trouver un travail. La nuit, les baffles situés à l’entrée diffusent les derniers tubes à la mode à Kigali aux jeunes du village.

Fabrice Nsengiyumva, 21 ans, est, quant à lui, le propriétaire d’un petit cinéma de quartier. Il offre ainsi un divertissement aux jeunes et moins jeunes qui se réunissent devant le petit écran à la fin de la journée. Avant l’électricité, il se servait d’un générateur et dépensait presque 2 euros par jour pour le carburant. Aujourd’hui, ses dépenses en énergie ont été divisées par cinq et, en diffusant trois films par jour, il gagne environ 5 euros par jour.
Energie renouvelable
La source de cette électricité ? Une microcentrale hydroélectrique. La CTB et le Ministère rwandais des Infrastructures en ont construit trois dans la région, qui génèrent un total de 3,2 mégawatts/heure, suffisamment pour électrifier 330.000 habitants, soit dix secteurs comme Nyamyumba.
Comme elles produisent de l’énergie renouvelable, les microcentrales de Cyimbili, Keya et Nkora, du nom des cours d’eau où elles puisent leur matière première, représentent une excellente solution au déficit énergétique du Rwanda.
Dans la foulée de la construction de ces microcentrales hydroélectriques, le réseau électrique a été étendu afin de permettre l’interconnexion des centrales au réseau national. Ainsi, treize secteurs ont pu être raccordés à l’électricité. Chacun de ces secteurs compte une trentaine d’abonnés pilotes chez qui des compteurs « cash power » ont été installés. Ces compteurs permettent de prépayer l’électricité et donc d’éviter les mauvaises surprises à la fin du mois ainsi que des problèmes d’endettement. S’il faut deux jours aux services rwandais de l’électricité pour raccorder quelqu’un qui en exprime le souhait, la demande reste cependant difficile à satisfaire pour les ménages les plus éloignés des lignes électriques. Certains doivent parfois se regrouper afin de réunir l’argent nécessaire pour tirer une ligne jusqu’à leur habitation.
Dans le cadre de son soutien à la politique énergétique du Rwanda, la CTB a également construit une ligne électrique baptisée KIKI (reliant Kigali à Kiyumba) dans la Province de l’Ouest. Cette ligne longue de 84 km est entrée en activité au courant du mois d’octobre 2010 et a déjà permis de raccorder plus d’un millier de ménages, 3 bureaux de districts et 11 centres de santé.
Retour à la campagne
Marie-Chantale Nikuze, 44 ans, a pu constater de nombreux changements depuis que l’électricité dessert son village situé à une demi-heure de la capitale. Dès l’annonce de la venue de l’électricité, elle a quitté le logement qu’elle louait à Kigali pour retourner dans sa maison à la campagne. Elle y vit aujourd’hui avec sa maman et ses quatre enfants et a pu augmenter ses revenus en mettant en location une annexe de sa maison qui fait à présent office de petit magasin et de bar. Elle peut désormais faire des économies et se sent également plus en sécurité la nuit, car la lumière protège aussi des voleurs.
Faits et chiffres
- 14 % de la population rwandaise, estimée aujourd’hui à 10 millions d’habitants, sont aujourd’hui raccordés au réseau électrique (contre 5 % en 2006). L’objectif actuel du gouvernement du Rwanda est d’atteindre un taux de 16 % en 2012 et de 50 % en 2017.
- En moyenne, 70 mégawatts sont actuellement disponibles et injectés dans le réseau national, qui a une capacité installée, mais pas toujours disponible, de 100 mégawatts. En juillet 2012, le programme énergie, soutenu par la CTB, aura contribué à cet objectif à raison de 10 %.
- Dans le cadre de l’appui de la CTB au Ministère des Infrastructures, 201 km de lignes électriques ont pu être installés et 41 centres ruraux (secteurs) ont été raccordés au réseau.
- Grâce à des systèmes solaires photovoltaïques, le programme énergie de la CTB a également permis l’électrification de 46 centres de santé et de 3 postes frontaliers.
- Depuis 2011, le soutien de la CTB au Rwanda dans le domaine de l’énergie privilégie principalement le développement de la géothermie comme source d’énergie renouvelable et contribue à l’installation de nouvelles lignes électriques (objectif : 21.000 nouvelles connexions d’ici 2014). Il s’agit également de renforcer les capacités locales par des formations en organisation, gestion, maintenance et technique et d’appuyer le secteur privé producteur d’énergies renouvelables.



