Lutter contre la pauvreté en commençant par les plus pauvres
Kabarame n’en croyait pas ses yeux. Pour lui, le destin est tracé dès la naissance. ‘Tu es né pauvre et pauvre tu mourras’, lui répétait sans cesse une voix intérieure. Sans terre et sans formation, il gagnait son pain quotidien en portant des bagages dans son chariot au centre commercial local. Il gagnait entre 200 et 500 francs rwandais (70 eurocents), selon les jours.
‘Bien que tu sois pauvre, nous savons tous que tu es un homme travailleur et digne de confiance. Si on te donne un petit prêt, tu pourras améliorer les conditions de vie de ta famille et nous ne doutons pas que tu pourras rembourser’, lui a dit un membre du « village Ubudehe committee ». Pour Kabarame, c’était trop beau pour être vrai. Pourtant, il vivait là un tournant de sa vie.
En 2006, le Rwanda entrait dans la deuxième phase de sa politique de décentralisation, qui consiste à donner aux gouvernements locaux le pouvoir de stimuler le développement communautaire en faisant davantage participer les citoyens à des initiatives visant à réduire la pauvreté. Dès lors, le gouvernement a exploité le concept traditionnel ubudehe pour stimuler la participation et l’appropriation de processus de développement auprès de l’administration locale et de la population bénéficiaire.
Ubudehe est une pratique traditionnelle d’action collective destinée à résoudre les problèmes communautaires et qui a été adoptée par le gouvernement du Rwanda comme approche de lutte contre la pauvreté. Les membres de la communauté locale identifient eux-mêmes les problèmes relatifs au développement et décident quelles actions prioritaires seront entreprises pour lutter contre la pauvreté dans leurs quartiers. Le gouvernement local facilite le processus, répond aux demandes des communautés et fournit un appui technique dans le processus de mise en œuvre des initiatives choisies.
Pour soutenir le programme Ubudehe, dans le cadre du projet d’appui au développement local du district de Gakenke (PADL), la coopération belge a financé les petits projets rémunérateurs de plus de 5.000 familles vulnérables. Huit pour cent des ménages du district en ont ainsi bénéficié ; autrement dit, neuf familles par village sur les plus de 617 villages que compte le district de Gakenke, dans la province du Nord. Lancé en 2005, le PADL a pour principal objectif d’appuyer le renforcement des capacités institutionnelles dans le district de Gakenke, sur la base des principes de bonne gouvernance, ainsi que de mettre en place des initiatives pour lutter contre la pauvreté et réduire la vulnérabilité des ménages face à l’insécurité alimentaire récurrente.
Pour la coopération belge, il est facile d’appuyer des communautés locales dans leur lutte contre la pauvreté en utilisant le concept ubudehe. Le programme fournit une assistance technique à des membres vulnérables au niveau de la préparation et du financement de projets et il assure le suivi de la mise en œuvre des initiatives choisies.
Les familles vulnérables comme celle de Kabarame sont assistées par le facilitateur du village pour présenter des petits projets rémunérateurs sous la forme d’un prêt. En retour, le bénéficiaire transmet le gain de ce projet à la personne suivante de la liste d’attente. Les 50.000 francs rwandais qu’a reçus Kabarame ont offert une lueur d’espoir à sa famille.
‘Avec le premier montant, j’ai acheté un cochon qui a produit 10 porcelets la première fois. J’en ai donné quelques-uns aux voisins et j’ai vendu les autres. J’ai acheté un bout de terrain pour 30.000 francs. La cinquième fois, j’ai vendu des porcelets et utilisé mes économies pour acheter une vache. Maintenant, je suis propriétaire d’un petit magasin, qui me rapporte 5.000 francs de bénéfices par jour. J’ai construit une maison pour ma famille, mes enfants vont à l’école et je paie la cotisation familiale annuelle au plan communautaire d’assurance-maladie. Bref, ma vie s’est grandement améliorée’, reconnaît Kabarame.
L’histoire de Kabarame est sans aucun doute encourageante étant donné la précarité de la vie en zone rurale, toujours sujette à une pauvreté saisissante. Selon les statistiques, en 2006, 60% de la population rurale vivait dans la pauvreté (IFAD).



