Rwanda : la fin des nyakatsi
Le Rwanda vient de lancer une campagne visant la disparition progressive de toutes les maisons en paille, connues sous le nom de « nyakatsi » en langue vernaculaire locale kinyarwanda. Selon les statistiques disponibles, plus de 80.000 huttes seront ainsi remplacées par des maisons en briques avec un toit en tôle.
Lancée dans l'ensemble du pays à la mi-janvier, la campagne contre le mal-logement s'inscrit dans un vaste programme d'amélioration de la santé et du bien-être social de la population. La démolition des maisons en paille impulse la politique nationale en matière de logement rural, axée sur la construction de logements en zones d'habitation délimitées. En 1997, le Rwanda a en effet mis en place une politique de « villagisation » en vue de compenser la diminution progressive de la surface arable et d'améliorer l'accès aux services publics de base que sont la santé, les écoles, l'eau et l'électricité. Toutes les nouvelles maisons construites dans le cadre de la campagne contre les nyakatsi devraient l'être dans les zones aménagées dans les quelque 12.000 cellules du pays.
Les maisons en paille sont incriminées, car selon d'aucuns un foyer de maladies et à l'origine des conditions d'hygiène déplorables de leurs habitants. Selon les statistiques établies par l'Institut National de la Statistique du Rwanda (2009), 40 % des maisons en paille partent en flammes chaque année, suite à l'utilisation de feu de cuisine dans ou à proximité de ces habitations hautement inflammables.
La guerre lancée contre les « nyakatsi » s'est entre-temps transformée en appel à l'action nationale : les Rwandais issus de toutes les couches sociales sont associés au relogement des plus vulnérables d'entre eux dans des maisons plus salubres et plus durables. L'armée et les forces de police ainsi que d'autres groupes, tels que des membres de la diaspora rwandaise, ont été mobilisés pour la construction proprement dite des maisons destinées aux plus défavorisés, le gouvernement fournissant les tôles et autres matériaux de construction. Les membres de la communauté leur viennent également en aide par le biais d'un service communautaire mensuel consistant en la collecte de matériaux, la construction de murs et la pose de toits.
La CTB appuie la construction de maisons à l'intention des familles vulnérables dans la Province du Nord, dans le souci de soutenir les efforts d'unité nationale et de réconciliation. « Les autorités locales sont venues recenser les habitants des nyakatsi. Nous étions littéralement exposés à la pluie. Aujourd'hui, nous sommes heureux, car vous avez mis fin à ces conditions indignes. Mais, bien que nous nous réjouissions à l'idée d'habiter bientôt dans ces maisons, nous avons un autre souci, car nous avons aussi besoin d'eau (potable) dans le village. Il ne nous est pas facile à nous, les anciens, de porter de lourds jerrycans depuis les rivières au fond de la vallée », souligne Paul Hatungimana, un des futurs bénéficiaires du projet du Village Rugerero, dans le district de Rulindo.
Dix-neuf Assistants juniors de la CTB ont récemment joint leurs efforts à ceux de la population locale en vue de niveler le sol et de planter des arbres sur un site où seront implantées dix maisons destinées à des familles vulnérables de la cellule de Kirenge, dans le secteur Rusiga, district de Rulindo. Le projet vise la construction de plus de 200 maisons dans les cinq districts de la Province du Nord.
Les médias locaux ont fait état de poches de résistance au nouveau programme de logement dans certaines parties du pays. Et certains traditionalistes intransigeants d'avancer que, dans ces huttes, les habitants entraient plus facilement en contact avec leurs ancêtres. D'autres, tout en appréciant les avantages des maisons au toit en tôle, souhaiteraient conserver les huttes en paille comme abris aux heures les plus chaudes de la journée.
Nonobstant ces réactions, le gouvernement rwandais est, pour sa part, fermement décidé à remplacer toutes les huttes en paille par des maisons décentes et solides d'ici mai 2011.




