Rwanda - Comme un ballon trop rempli d’air…
Marie-Jeanne Ingabire a 25 ans. Elle est réalisatrice de films et également vice-présidente de la centaine de volontaires en premiers secours de la Croix-Rouge rwandaise. Ce 13 avril 2011 a lieu la cérémonie de clôture de la semaine de commémoration du Génocide. Sur le mont Rebero, à Kigali, des centaines de Rwandais affluent afin de se recueillir ensemble, d’écouter des témoignages, de ne pas oublier…
Les volontaires sont prêts à prendre en charge les personnes dont les traumatismes risquent d’être ravivés par la trop forte émotion de l’évènement. Pour la troisième année consécutive, ces volontaires ont été spécialement formés par le Programme National de Santé Mentale, soutenu par la Belgique, afin d’aider au mieux ces personnes sur place et de pouvoir repérer les cas qui nécessitent d’être transférés vers des structures spécialisées.
Pour Marie-Jeanne, le plus important est d’écouter et de faire sentir à ces personnes qu’elles ne sont pas seules. Pour elle qui a toujours cherché comment aider les autres, la formation lui a permis de mieux cerner les différents degrés de gravité des traumatismes et les méthodes les plus adéquates pour y faire face. Lorsqu’une personne est sortie de la foule et dirigée vers les tentes de la Croix-Rouge, les volontaires doivent pouvoir évaluer les manifestations du traumatisme (crise d’angoisse aiguë, état d’agitation, de sidération, de stupeur, de confusion, conduites d’automutilation, voire suicidaires…) afin d’y répondre le plus efficacement possible.
En regard des chiffres de l’année dernière, cette prise en charge psychologique prend toute son importance. En effet, du 7 au 13 avril 2010, pour la seule ville de Kigali, 382 personnes ont été reçues sur les lieux de commémoration (dont 80% de femmes) et 25% d’entre elles ont dû être transférées vers des structures de santé spécialisées. Sur le même plan d’intervention, 2.502 personnes ont été prises en charge par des hôpitaux de district dans les différentes provinces du pays.
Dix-sept ans après, les séquelles sont toujours bien présentes. Le plus souvent, les gens ne savent pas de quoi ils souffrent ; ils ne se rendent pas compte qu’ils sont traumatisés et cela peut même parfois mener à des comportements déviants. Ces commémorations sont souvent l’occasion qui fait ressortir les traumatismes. « C’est comme un ballon qu’on remplit trop d’air, il finit toujours par exploser ». Par cette comparaison, Marie-Jeanne constate l’importance de la prise en charge psychologique et souligne l’avantage pour ces personnes, car lorsqu’elles « explosent » lors de ces évènements, elles ne sont pas seules ; elles peuvent évacuer tout ce qu’elles ont accumulé et être enfin traitées.
Après avoir passé la matinée à apporter chaleur humaine et réconfort, elle peut déclarer : « Je suis fière d’aider et de voir l’amélioration chez la personne ». Elle voudrait également pouvoir poursuivre sa formation en santé mentale afin de savoir ce qui se passe au niveau du cerveau en cas de traumatisme, car « on ne peut pas traiter correctement un organisme, si on ne sait pas comment il fonctionne ». Elle a également le projet de réaliser un documentaire sur la santé mentale au Rwanda qui « soit comme un miroir pour les gens », afin qu’ils puissent se rendre compte de leurs symptômes et être informés que, s’ils présentent des signes de traumatismes, des structures existent pour les aider.



