Pavage et assainissement à Bujumbura

Depuis le pavage de leurs rues, les habitants de deux quartiers centraux de la capitale burundaise sont témoins et acteurs d’une transformation nette tant de leur cadre de vie que de leur qualité de vie.

Suite à la crise sociopolitique qu’a traversée le Burundi (1993-2005), les habitants de Bwiza et Nyakabiga, à l’origine deux quartiers dynamiques, l’un commerçant et l’autre résidentiel, ont vu leur environnement se détériorer. Leurs quartiers ont accueilli de nombreuses personnes désœuvrées (rapatriés, déplacés et ex-combattants). L’accroissement des résidents a engendré une pression sur les infrastructures entraînant des problèmes préoccupants au niveau sanitaire et environnemental. Sans services corrects de collecte des déchets et d’évacuation des eaux usées, ce sont les risques de maladies, telles que la malaria, la diarrhée ou le choléra, qui frappent le quotidien des habitants. En saison des pluies, ceux-ci craignent pour leurs maisons, car les crues et inondations en fragilisent les fondations.

Haute intensité de main-d’oeuvre

Face à une telle situation de précarité, le projet CTB a opté pour les perspectives qu’offre la méthode HIMO (« Haute intensité de main-d’oeuvre »). Cette approche désigne des méthodes d’exécution de travaux qui combinent des équipements légers avec l’embauche massive d’ouvriers locaux. Ceci vise à procurer un maximum d’emplois de courte durée et améliorer la qualité de vie des populations, à faciliter l’accès aux services essentiels ainsi qu’à promouvoir et renforcer les capacités du secteur privé local.

Avec l’appui du projet, les habitants ont pavé 10 km de route. Entre 300 et 500 personnes ont pu travailler sur le chantier de Nyakabiga et entre 145 et 200 personnes par avenue à Bwiza. Au terme des travaux, ce sont près de 5.200 familles qui ont bénéficié d’un raccordement aux égouts et ont été sensibilisées à l’hygiène. Ce faisant, le taux de raccordement au réseau des eaux usées est passé de 30% à 90%. Pour toutes les familles, la propreté et l’accessibilité du quartier ainsi que la réduction des maladies liées à l’eau sont les signes concrets d’un profond changement.

Les enseignements tirés de cette première expérience ont cependant montré que les retombées économiques et sociales du chantier sont restées limitées. En effet, le recours à des ouvriers effectivement issus des quartiers n’a pas pu être garanti : 75% des travailleurs employés sur les chantiers venaient d’un autre quartier. Par ailleurs, le projet a favorisé la création d’emplois précaires et n’a garanti que de manière limitée l’émergence d’une dynamique de développement local.

Parallèlement, le pavage des rues a favorisé un phénomène d’embourgeoisement du quartier. Suite à la hausse générale des prix de l’immobilier, une part non négligeable de la population cible du projet quitte le quartier au profit d'une classe sociale plus élevée.

Ces dernières constatations ont poussé la direction du projet à mener une réflexion approfondie pour concevoir une stratégie consolidée qui mette l’accent sur le contexte socioéconomique. Celle-ci doit :

  • responsabiliser la population riveraine en exigeant une contribution aux travaux de 2% et assurer la pérennisation des ouvrages via la sensibilisation à l’entretien ;
  • favoriser l’adhésion au projet grâce à des activités d’intermédiation sociale ;
  • favoriser l’insertion sociale et professionnelle des travailleurs par un appui en formation ;
  • garantir l’autonomisation de l’ensemble des acteurs du projet par un bon accompagnement dès le début des travaux.

Cette stratégie consolidée a débouché sur la concrétisation d’un nouveau programme de pavage élargi à d’autres quartiers (Kinama et Kamenge) et résolument orienté HIMO.

La stabilité et la sécurité économique sont les deux grandes attentes de la population riveraine quant au projet. L’opportunité de se constituer une épargne ou de faire un investissement offre de réelles perspectives économiques. Finalement, cela contribuera à redynamiser toute la vie et la bonne santé de ces deux quartiers.

Emmanuella Ndimurirwo : « J’ai une famille et 4 enfants, et je porte des pavés depuis le début. Pour 100 pavés transportés, je gagne 800 francs . Et par jour, je transporte entre 200 et 250 pavés et cela me permet de gagner un petit peu notre quotidien. Il y a du travail pour le moment et cela nous aide. »

Travailler pour la CTB