De l'eau prépayée ? Volontiers !

Le Kampala Integrated Environmental Planning and Management Project (KIEMP) vise l'amélioration des conditions de vie des habitants des bidonvilles de Kampala. L'accès à une eau propre abordable est un aspect primordial à cet égard. La solution, développée par une autre organisation de développement et adoptée par le projet, est géniale par sa simplicité : elle se résume à l'installation de compteurs d'eau prépayés.

Avant le lancement du projet, les habitants de plusieurs quartiers de Kampala dépendaient entièrement de points d'eau dispersés çà et là, ou d'un raccordement à l'eau de distribution. Si les points d'eau en question sont protégés, les eaux souterraines de Kampala sont néanmoins si polluées par les nombreuses latrines que leur utilisation est strictement déconseillée, sauf pour la lessive et le nettoyage.

Les ménages peuvent aussi opter pour un raccordement au réseau de distribution d'eau de l’opérateur public des services d’eau et d’assainissement NWSC (National Water and Sewerage Corporation), mais celui-ci est en règle générale de courte durée : lorsque la facture arrive en fin de mois, ils n'ont en effet souvent pas les moyens de la régler, et l'eau est aussitôt coupée. Ils en sont alors réduits à faire appel à des vendeurs d'eau qui se font bien évidemment une belle marge sur leur eau de robinet.

Grâce aux compteurs d'eau prépayés, les ménages ont désormais accès, nuit et jour, à une eau propre abordable. L'eau distribuée par le biais du système des compteurs prépayés est la même que celle qui coule du robinet ; une fois bouillie, elle est parfaitement potable. À la seule différence près qu'elle est vraiment très bon marché : un jerrycan de 20 litres ne coûte que 20 shillings ougandais (moins de 1 centime d'euro), une somme à la portée même des familles les plus pauvres.

Recharger son crédit d'eau

Comment le système fonctionne-t-il ? Des jetons sont disponibles, contre une caution, auprès du bureau local de la société des eaux. À l'instar d'une carte Proton, il est possible de « recharger » ces jetons. Les usagers peuvent en outre opter pour un montant très bas, un atout de taille pour les habitants des bidonvilles de Kampala ! Le rechargement s'effectue soit auprès de la société des eaux, soit auprès d'habitants du quartier qui disposent d'un appareil spécial et sont désignés à cet effet. Les jetons permettent alors aux usagers de s'approvisionner à un compteur d'eau, celui-ci affichant dans le même temps le solde restant disponible.

Le KIEMP a financé les appareils et a déterminé leur emplacement. Les propriétaires de terrains dans les bidonvilles ont cédé bénévolement un petit lopin de terre pour y installer les compteurs. La société des eaux assure la distribution de l'eau (subventionnée) ainsi que l'entretien des appareils. Les usagers ont à leur disposition un numéro gratuit qu'ils peuvent utiliser pour signaler les défaillances, ou peuvent, pour ce faire, s'adresser au bureau de la société des eaux.

Il reste cependant encore beaucoup à faire. Les compteurs prépayés présentent quelquefois des défaillances. Parfois aussi, ils sont endommagés par des personnes tentant d'obtenir de l'eau gratuitement. Et, malgré l'existence du numéro de téléphone vert, les usagers contactent de temps à autre encore le projet en cas de problèmes. Il nous faut alors leur expliquer qu'il leur incombe à eux aussi d'assumer leurs responsabilités : à savoir, utiliser le numéro gratuit et aussi, le cas échéant, mettre un peu de pression sur la société des eaux pour que celle-ci répare au plus vite le compteur.

Ineke Adriaens
Assistante junior de la CTB en Ouganda

Travailler pour la CTB