NAMAs: nouvel acronyme environnemental ou piste réelle de financement de projets climatiques ?

Le monde de l’environnement adore les sigles et vous avez peut-être déjà été confrontés aux initiales REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Land Degradation), MDP (Mécanisme de Développement Propre) ou CDM en anglais (Clean Development Mechanism), sans oublier les PES (Payment for Ecosystems Services) qui peuvent être décrits dans des PNAE (Plan National d’Action pour l’Environnement...). Difficile de s’y retrouver, d’autant que les sigles anglais et français se mélangent fréquemment.

Mais il va falloir en rajouter un à votre liste pour suivre l’évolution des modalités d’action pour le climat dans nos pays partenaires. Les NAMAs (Nationally Appropriate Mitigation Actions) sont (pour faire simple) des projets lancés par des pays en développement et visant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Ces projets doivent répondre à des principes fondamentaux (à défauts de critères précis), tels que le respect des principes du développement durable, intégrer des activités de transfert de technologie, de renforcement de capacités et de financement... Ils se caractérisent aussi par l’importance donnée à la transparence de l’information et à la nécessité de mettre en place un système de monitoring, rapportage et évaluation.

Il existe 3 formes de NAMAs qui dépendent de leur type de financement, dont 2 peuvent concerner des appuis organisés dans le cadre de la coopération au développement :

  1. NAMAs unilatéraux : actions autonomes prises par les pays en développement pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre sans obtenir de support financier d’un autre pays.
  2. NAMAs supportés : actions d’un pays en développement avec un support financier ou autre (technique, organisationnel, etc.) d’un pays développé qui résulte en une réduction des émissions de gaz à effet de serre.
  3. NAMAs générant des crédits : NAMAs supportés permettant de réduire des émissions de gaz à effet de serre et passant, ou pas, par le marché du carbone.

Une différence importante entre CDM et NAMA est que si le mécanisme CDM a été conçu pour permettre aux pays industrialisés de remplir leurs obligations en terme de réduction d’émissions, l’idée des NAMAs est de permettre aux pays du sud de réduire leurs émissions de manière volontaire en bénéficiant d’appuis (financiers, techniques…) pour le faire.Par ailleurs, si les projets CDM concernent surtout des projets portés par le secteur privé, les NAMAS doivent impérativement impliquer les pouvoirs publics.

Etude en Algérie

La question des NAMAs et de leur intérêt pour nos projets et programmes a récemment fait l’objet d’une recherche prenant comme étude de cas un projet de la CTB en Algérie dans le secteur de la gestion municipale des déchets ménagers. Cette étude a été réalisée par un étudiant accueilli au sein du Service Public Fédéral Santé, Environnement et Sécurité de la Chaîne alimentaire dans le cadre de son Master en Gestion de l’Environnement.

Le rapport montre que ce type d’intervention est pertinent pour ce secteur en Algérie où les émissions de gaz à effet de serre dues aux déchets sont significatives (6,4% du total national), surtout au niveau des centres d’enfouissement techniques. Ces projets impliquent également une valeur ajoutée sociale et environnementale en améliorant la collecte, le tri, la valorisation et le traitement des déchets, ce qui est aussi une priorité du nouveau Premier Ministre algérien.

Un projet NAMA permet aussi d’améliorer la collecte et le traitement des données (pour la phase de monitoring et vérification), de renforcer les capacités institutionnelles au niveau des communes et des instances étatiques, et de financer l’acquisition de technologies pour capter les gaz émis et, le cas échéant, le transformer en électricité.

Cette étude est d’autant plus pertinente que le secteur des déchets pourrait faire partie du prochain Programme Indicatif de Coopération entre la Belgique et l’Algérie.

Identification des facteurs clés et critères minimaux de réussite pour un projet NAMA et étude de cas sur la gestion des déchets municipaux solides en Algérie, Rapport de stage de Matthieu De Mot, Février 2013 (PDF - 1,3 MB)

Pour en savoir plus :


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Claude Croizer



Claude est conseiller Environnement à la CTB Bruxelles. A ce titre, ses tâches concernent tant l’appui à l’intégration des aspects environnementaux dans les projets et programmes de la CTB sur le terrain que la coordination du système de management environnemental de la CTB (certification ISO 14001 et enregistrement européen EMAS). Claude suit également certains projets spécifiquement environnementaux, par exemple dans le domaines des ressources naturelles (Tanzanie), des changements climatiques (Ouganda), de l’assainissement (Maroc) ou de l’économe verte (Vietnam), que ce soit pour des formulations ou des missions d’appui ponctuelles. Titulaire d’un Master en gestion de l’environnement et d’un DEA en Sciences de l’Environnement, Claude travaille dans ce domaine depuis près de 20 ans, d’abord comme consultant pour la GIZ, le PNUE ou des bureaux d’études, puis comme chercheur à l’Université (ULg), et enfin au sein de la CTB depuis 2000. Dans son blog, Claude souhaite mettre en avant et commenter l’actualité environnementale en général, et celle de de la CTB en particulier.

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